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L’un des éléments qui rendirent possible ces changements fut, sans aucun doute, la notation musicale. Pendant tout le XIIIe siècle eut lieu une intense activité au niveau de la notation, et il s’y produisit des changements et des progrès remarquables, fruit de la réflexion des musiciens praticiens et de leur contact avec les théoriciens de l’époque, ainsi que de l’union de ces deux qualités dans une même personne. Les théoriciens, de plus en plus liés au monde universitaire, avaient favorisé l’indépendance des graphies par rapport à leur regroupement, comme cela arrivait dans les premières sources documentées de la période de Notre-Dame. La tyrannie des modes rythmiques durerait encore longtemps, mais nuancée et englobée dans des valeurs de plus en plus larges. Cette indépendance de la graphie était signalée par Jean de Garlande dans De musica mensurabili positio (c. 1240), où il fait preuve d’une connaissance de la notation antérieure, mais aussi des progrès qui permettent de distinguer des valeurs de notes isolées, en marge des regroupements en ligatures. Le théoricien le plus important de l’époque et l’un des plus grands de l’histoire de la musique occidentale, Francon de Cologne, marcha sur ses pas. De même que dans le cas de Jean de Garlande, nous connaissons peu de détails de la trajectoire de celui-ci. Une copie de son emblématique Ars cantus mensurabilis réalisée au XIVe siècle indique qu’il était “aumônier du pape et précepteur de l’ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Cologne” sans que l’on n’y mentionne à aucun moment un lien avec l’Université de Paris.
Il semblerait cependant, d’après ce qu’on peut déduire de la lecture du traité, qu’il l’écrivit à la demande de ses élèves. Et son approche didactique ne fait réellement aucun doute lorsqu’on observe une claire progression dans l’explication des valeurs des notes et en conséquence la complication progressive de la notation pour laquelle Francon cherche, et trouve, des solutions satisfaisantes. De même, ses idées concernant la notation et les nouvelles possibilités dont elles ouvraient la perspective, liées à la progression et à l’établissement du motet et à la disparition graduelle de formes comme l’organum et le conductus, permirent d’établir à la fin du XIIIe siècle les bases de nouvelles possibilités qui seraient concrétisées dans les sources aussi bien pratiques que théoriques du XIVe siècle.
De la même façon que la théorie, les livres de musique pratique nous parlent des changements nombreux et radicaux qui survinrent alors. La codification tardive des manuscrits inspirés du Magnus Liber Organi et la disparition supposée de celui-ci, le grand livre d’organa que le théoricien anglais connu sous le nom d’Anonyme IV vit aux environs de 1270 dans le chœur de Notre-Dame de Paris, nous parlent du décalage entre la pratique musicale et la copie des sources. Certains détails des nouvelles tendances de notation apparaissent déjà dans la plus tardive des sources de polyphonie parisienne, W2 (Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek, helm 1099) et elles se verraient confirmées par les manuscrits copiés pendant le dernier quart du XIIIe siècle et les premières années du suivant. Les manuscrits de Bamberg (Bamberg Staatbibliothek Lit. 115), Turin (Biblioteca Reale Vari 42), Montpellier (Faculté de Médecine H196) et Las Huelgas (Burgos, Monastère de Las Huelgas, ms. IX) reflètent les changements concernant la notation. Bien que toutes les sources ne soient pas comparables (Bamberg et Turin sont les plus conservateurs), les cahiers finaux de Montpellier, avec leur inclusion de motets “pétroniens” dans lesquels étaient utilisés de nouveaux progrès dans la notation dus à Petrus de Cruce (Pierre de la Croix), montrent mieux que tout autre manuscrit la force du motet dans ses différentes formes.
Le cas de Las Huelgas doit être considéré à part. Son intérêt réside, entre autres, dans le fait qu’il s’agit d’un recueil de musiques datant de plus de deux siècles : depuis des pièces du répertoire de Saint-Martial de Limoges jusqu’à certaines dans le style de l’Ars Nova, avec des retouches, des actualisations et des attributions personnelles qui font penser à une “mise à jour” constante de la musique qu’il contient. Et nous ne devons pas oublier le répertoire anglais avec ses propres caractéristiques formelles, de notation et sonores qui aboutiront à des détails aux conséquences intéressantes, qui viendront s’ajouter aux innovations de l’Ars Nova continental.
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