Plongé dès l’enfance dans le monde de l’opéra, Jean Ferry Rebel, élève de Lully, fit une magnifique carrière comme compositeur de musique de la Chambre. Prodige du violon, il fut le premier à écrire dès 1695 des sonates pour cet instrument sous l’influence de Corelli qu’il admirait. Amandine Beyer, violoniste talentueuse, a choisi les pièces les plus représentatives de l’art de Rebel, tant dans le Recueil de douze sonates à deux et trois parties avec la basse chiffrée (1712), que dans celui de 1713 intitulé Sonates à violon seul mêlées de plusieurs récits pour la viole. Ces œuvres généralement écrites en quatre mouvements mêlent de façon subtile les goûts français et italiens et plaisent autant par leur variété d’inspiration que leur écriture audacieuse.
L’influence de Couperin est également présente comme par exemple dans la Sonate n°5 en ré majeur (1713), ou mieux encore dans cet opéra miniature qu’est le Tombeau de Monsieur de Lully, avec ses airs parodiés, ses éléments en furie et ses plaintes lyriques. Amandine Beyer, très à l’aise dans ce répertoire grâce à son jeu à la fois expressif et élégant, imprime au violon une pureté du son ainsi qu’une couleur inimitables. L’Assemblée des Honnestes Curieux a su préserver tout au long de l’enregistrement une homogénéité mettant en valeur dans chaque sonate, son aspect théâtral ainsi que sa fantaisie qui oscille savamment entre l’art de Couperin et celui de Corelli. Une pure merveille. PATRICK FLORENTIN