Cet enregistrement par l’ensemble français Stradivaria offre trois arrangements rarement entendus du Stabat Mater composés entre 1750 et 1770. Alors que les trois œuvres sont similaires dans leur construction, chaque compositeur a apposé sa propre signature pour communiquer ce texte éternel.
L’arrangement pour alto et deux sopranos de Girolamo Abos (1715-1760) reflète la formation d’opéra du compositeur. Alors que l’influence de Pergolèse et de sa fameuse partition sont présents, Abos marque des points avec son acuité mélodique et son habile contrepoint, notamment dans l’Amen final.
L’arrangement de Quirino Gasparini (1721-1778) pour deux sopranos et cordes, alterne avec adresse duos et solos, et présente des tableaux déchirants de la douleur de la mère par des mouvements vigoureux de chiaroscuro. Le final, un duo calme, Quando corpus, est page sensationnelle, superbement chantée par les sopranos Isabelle Poulenard et Isabelle Desrochers.
La plus grande surprise de cet enregistrement est la version allégée mais émotionnellement chargée de Giuseppe Tartini (1692-1770). Rien du côté fantasque de Tartini n’est présent dans cette pièce ; au contraire, il a arrangé le texte d’une manière claire et simple alternant chant soliste et moments de calme à la manierè d’und hymne. C’est le premier enregistrement que j’entends de Stradivaria et je tiens à en entendre d’autres. Le trio de chanteurs, l’alto Martin Oro et les deux Isabelle, est en parfaite harmonie. L’accompagnement instrumental, bien qu’allégué à bon escient, est riche et plein de couleurs. Tout est superbement rythmé et équilibré; un magnifique travail dans son ensemble. CRAIG ZEICHNER